Questions sur l’utilité de fournir des manuels scolaires recyclés
Etant admis que la langue française est une des langues officielles ou l’unique langue écrite d’une république, que l’alphabétisation généralisée et l’instruction livresque sont souhaitables, quel a été le bénéfice tiré de l’utilisation du manuel scolaire francophone recyclé ?
Au Tchad, pour l’enseignement secondaire, 250 000 manuels ont été fournis entre 1993 et
2002. Dans la région du grand Dakar 60 000 entre 1997 et 2 002. A Bujumbura ,50 000 entre 1999et
2 001.
Au Tchad ,la fourniture a revêtu 2 formes : l’une était la dotation des établissements (15 collèges du Moyen Chari et une école à Goundi ) à raison d’1 manuel pour un ou pour 2 élèves en 4 matières ; l’autre était la dotation de différents établissements allant de celle d’une bibliothèque de lycée public de 10 000 élèves avec moins d’une centaine d’ouvrages(LFE) à celle d’un collège où chaque élève dispose d’un livre en 4 matières(Lycée évangélique) ; cette dotation étant faite moyennant une rétrocession minime(500 CFA) équivalant au prix d’un paquet de cigarettes par livre ou nulle.
Au Tchad septentrional, l’alphabétisation est séculaire et en langue arabe. Elle est liée à la religion musulmane et utilisait non le livre mais la planchette et l’encre tandis que dans la partie méridionale, elle est venue avec la colonisation française et a pris les formes de l’école avec son manuel emblématique Mamadou et Binéta. La diffusion de livres d’alphabets latin ou arabe participe à la compétition à la quelle se livrent les différentes cultures pour séduire et servir l’humanité, pour l’illuminer, la sortir de l’ignorance ou l’asservir à tel ou tel idéal. Celle de manuels conçus pour la jeunesse essentiellement européenne, puis recyclés n’a pas la même ambition que celle des manuels conçus pour telle ethnie du Logone, pour les élèves de la zone sahélienne, pour ceux du Tchad, ceux de l’Afrique francophone (équatoriale ou occidentale) ou ceux qui étudient le français comme langue étrangère.
L’utilité varie en fonction des disciplines et des niveaux. La mathématique est un jeu de l’esprit qui a ses signes ; la science physique a ses formules et la biologie a ses descriptions ; la langue française a sa grammaire et son orthographe. Ces disciplines peuvent être plus neutres que la littérature française, la philosophie, la civilisation. L’anglais et les technologies sont recherchés pour d’autres motifs. Au niveau de l’alphabétisation primaire, préparatoire ou élémentaire, à celui de la fin d’études, de l’enseignement secondaire ou supérieur, l’intérêt variera. Il sera aussi différent selon qu’il s’agit d’un manuel d’appoint pour les enseignants ou d’un manuel d’exercice possédé en commun par toute une classe d’élèves .De plus , il pourra dépendre de ce que les besoins sont satisfaits comme la classe fréquentée par les enfants cadres de l’état ou qu’ils n’ont aucune chance de l’être comme dans le cas d’une école communautaire de brousse . Il dépendra aussi de la possession ou non de manuels conçus pour l'ethnie, l'aire sahélienne ou désertique et la république du Tchad.
Peut-on imaginer un tableau avec une douzaine de lignes et une dizaine de colonnes où les premières représenteraient les niveaux et les secondes les matières et où l’on inscrirait des chiffres de 0à 9 pour indiquer le degré d’intérêt ou de 0 à 300 pour indiquer le nombre de volumes désiré par un établissement ?
Peut-on imaginer un programme de fourniture de manuels recyclés qui s’articulerait sur celle de manuels neufs avec une budgétisation de ce programme ?
Quel est le contexte?
Quel est le nombre d’élèves ?
Quel est le nombre de manuels scolaires neufs édités et fournis ?
Celui de manuels recyclés fournis ?
A l’échelle de l’établissement, de la circonscription, de la région et de la république.
Ces questions doivent recevoir une réponse détaillée tenant compte des niveaux et des matières.
Comment les manuels sont-ils utilisés ? Achetés, usés, détruits ?
Quels buts sont poursuivis par les individus, les associations de parents, les responsables sociaux ou politiques, les éditeurs ?
Former une élite ou toute une population, introduire une nouvelle façon de penser étrangère, nationale ou internationale ou conformer au passé ?
Y a t il une pensée universitaire commune aux populations qui entourent le lac Tchad ou qui sont sous l’influence d’un état peuplé comme le Nigéria ?
Ou bien est-elle commune à la francophonie héritée de la colonisation de la France et de la Belgique ?
Le manuel est-il destiné à tenir dans l’instruction tchadienne de la décennie à venir celle qu’il a eue dans l’instruction des petits Français de la fin du XIX ème siècle ou bien peut-on passer directement au système de reprographie et de communication internet en complément du tableau noir et de la craie ?
Est-il prévisible que la pénurie d’enseignants reste telle que les effectifs de 50 à 100 élèves par classe demeurent la moyenne pendant la décennie 2 000-2 010?
Combien y a t il d ‘enseignants ? Combien d’élèves ? Combien est-il prévu qu’il y en ait au cours de la décennie ?
Quelle coopération pédagogique a existé ou peut être envisagée entre des collectivités territoriales françaises et tchadiennes (avec leurs instances pédagogiques) telles que Cherbourg et Sarh ?