INTRODUCTION
Les activités du SISEF de l’année 2003 ont été orientées vers deux (2) axes forts pour la poursuite des programmes entamés il y’a trois (3) ans. La révision du plan triennal 2001-2002-2003 afin de l’adapter aux enjeux imminents (la formation du personnel d’appui aux institutions éducatives), d’autre part, celui de l’engagement du SISEF de s’impliquer plus profondément dans la promotion du livre, le rendre accessible à toutes les couches de la population scolaire.
L’année 2003 a démarré avec beaucoup plus de difficultés dans la concrétisation des activités programmées. Trois hypothèses expliquent cette situation :
-
L’environnement socio-scolaire est entaché de perpétuels mouvements de crises dû au manque de versement de salaires des enseignants d’une part, et d’autre part du phénomène répété des scènes de violence en milieu scolaire orchestré par les élèves et ayant provoqué mort d’homme.
-
Le SISEF ne disposant plus assez de manuels répondant aux besoins des bénéficiaires de ses prestations. Notamment, les manuels des niveaux Premières, Terminales, Techniques et professionnels. Ce qui a pour conséquence directe le très faible taux de qualité de manuels distribués en 2003.
-
Aucun des trois projets soumis aux partenaires pour financement n’a reçu un écho favorable. La conséquence qui en découle c’est que la formation des bibliothécaires scolaires de la zone Est (Abéché) et Centre (Mongo) n’a pu avoir lieu.
En plus de ces trois hypothèses intervenues dans le cour des activités de l’année 2003, un autre événement de taille survenu dans la même période est à signaler : la dissolution de la principale Association partenaire installée en France « Un conteneur de livres pour le Tchad » qui se chargeait des collectes et des envois des livres depuis sept (7) ans.
Toutes ces difficultés ont eu de sérieuses répercussions dans l’exécution de toutes les activités programmées. C’est ce que vous aurez à remarquer à la suite de ce rapport.
ACTIVITES
L’année 2003 avait démarré avec une enquête déclenchée par le SISEF auprès des établissements scolaires dénommée : « Enquête sur l’environnement des bibliothèques scolaires ». En vue d’associer toute la hiérarchie administrative scolaire à cette enquête, les formulaires de questionnaire ont été adressés aux D.D.E.N (Délégués Départementaux de l’Education Nationale) afin de les transmettre au niveau des établissements scolaires relevant de leurs circonscriptions. L’objectif que vise cette enquête est de permettre au SISEF de disposer des données fiables pour la réorientation de sa stratégie d’action en faveur du système éducatif tchadien : statistique scolaire par sexe les deux dernières années, l’opérationnalité ou non de la bibliothèque, la dotation moyenne en livres par élève, la capacité financière par élève pour l’acquisition des livres, etc. Il ressort de cette enquête que les ¾ des établissements scolaires publics ne disposent pas de bibliothèques opérationnelles faute de moyen financier (budget financier scolaire aléatoire) et de ressources humaines (bibliothécaires formés)
Après l’enquête, s’en est suivi la soumission des projets aux partenaires pour financement. Il s’agit des trois projets :
-
Projet de formation des bibliothécaires des provinces du Tchad, zone Centre et Est;
-
Projet d’appui à cinq (5) établissements scolaires démunis de la zone pétrolifère par la dotation en manuels ;
-
Projet de séminaire atelier sur l’utilisation pédagogique d’un livre de cours.
Comme signaler dans l’introduction, aucun de ces trois projets soumis aux principaux partenaires (Banque Mondiale et Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF) n’a été financé. L’AIF avance comme résultat du non financement la « répétitivité ». Car l’Agence avait intervenu en 2001 et 2002 pour financer des projets similaires. Les projets de 2003 ont certes des similitudes avec ceux exécutés antérieurement, cependant, les zones retenues pour leur exécution et les bénéficiaires directs diffèrent. Quand à la Banque Mondiale, elle n’a fait aucun signe de vie malgré l’envoi d’une requête cinq (5) mois après la soumission du projet.
L’une des conséquences directes qui en découlent est l’échec de la formation de soixante bibliothécaires retenus pour deux sites (Mongo et Abéché) et relevant des collèges et lycées du Borkou, Biltine, Ouaddaï, Batha, Azhonga, Guera, etc. Malgré cette trêve, nous entendons réactualiser ces projets pour 2004 et les soumettre à d’autres bailleurs pour nous permettre surtout de boucler la formation des bibliothécaires des établissements scolaires entamés depuis l’années 2000.
Le 19 avril 2003, a lieu une réunion préparatoire de l’Assemblée Générale du SISEF et réussissant la Direction Administrative et le Conseil d’Administration. Les principaux points traités au cours de cette rencontre sont : le fonctionnement du SISEF : personnel, gestion matérielle et financière, le partenariat, le rôle et le fonctionnement du Conseil d’Administration ; les perspectives. Il ressort que le fonctionnement du SISEF éprouve d’énormes difficultés par manque de ressources financières et aussi humaines. Quant au fonctionnement du Conseil d’Administration, il a été relevé qu’il n’est pas trop associé dans l’exécution des projets et pour qu’il exerce au mieux son rôle de contrôle des activités du SISEF, il faut reconstituer sa composition actuelle de 7 à 5 membres et remplacer ceux des membres démissionnaires en y associant un financier qui aidera le gestionnaire dans la confection des dossiers financiers et comptables.
Dans la même lancée des rencontres, la Direction Administrative du SISEF avait initiée une rencontre de concertation le 13 septembre 2003 avec les chefs d’établissements (collèges et lycées) de N’Djaména ainsi qu’un représentant des APE par établissement. Sur les vingt trois établissements conviés, neuf avaient répondu présent. L’objet de la rencontre est la recherche commune des pistes pouvant aboutir à la concrétisation du slogan : « Trois livres pour chaque élève tchadien d’ici à 2010 ». Ceci, pour exprimer la faible mobilisation des partenaires concernés et le faible appui des bailleurs en faveur des projets initiés. Cette rencontre a permis aux invités d’apprécier la pertinence de la mission du SISEF. Abordant le problème du manque de livres dans les collèges et lycées publics, les invités ont affirmé que la précarité des moyens financiers de leur Ministère de tutelle serait la principale cause. Car disent-ils les établissements publics sont dépendants des principes établis par l’Etat et les Associations des Parents d’Elèves (APE). Ils ont aussi fait quelques propositions en faveur des collèges et lycées publics :
-
Stimuler les unités pédagogiques pour apprécier le contenu des manuels disponibles au SISEF avec le programme national de l’enseignement en vigueur ;
-
Participer aux Assemblées Générales des Associations des Parents d’Elèves (APE) pour les proposer les prestations du SISEF, etc.
L’OPERATION DE DISTRIBUTION DES LIVRES
Les distributions des manuels en 2003 ont connu le plus bas record par rapport aux opérations antérieures. Quelques rappels de fait permettraient d’apprécier l’origine de ce déclin. Premièrement, la crise scolaire à répétition. En effet l’année scolaire 2002/2003 a démarré avec assez de mouvements sociaux dans le milieu scolaire aussi bien à N’Djaména qu’à l’intérieur du pays. La violence en milieu scolaire surtout à N’Djaména et ayant causé la mort d’un professeur d’Anglais, feu GOLOUM TANDO avait suscité une désolation au sein du corps enseignant qui n’avait d’autre option que d’observer une période de grève de deux semaines. A peine les cours ont repris que d’autres mouvements de grève ont suivi notamment à N’Djaména, presque chaque mois, pour les mêmes causes. Violence entre élèves avec décès au CEG n°II, au lycée de la Liberté, au lycée de Farcha, au lycée Franco-arabe d’Abéché, etc. D’autre part, le retard dans le versement des salaires et primes des examens aux enseignants ont aussi provoqué de mouvement de grève à N’Djaména, Bongor, Kélo, Pala, Léré, Laï, Mongo, Gounou-Gaya, etc. Ces mouvements ont eu des répercussions négatives sur les activités du SISEF. Un exemple lors des tournées d’expositions-vente organisées en mars aux Lycée de Bongor, Kélo, Pala, etc., sur les 2.300 livres emmenés pour la circonstance, on a pu difficilement liquider en trois semaines 300 livres. Les enseignants traînaient 2 à 3 mois d’arriérés de salaires. Les élèves issus pour la plupart des familles paysannes n’ont pas aussi vendu leur coton depuis 1 à 2 ans.
Deuxièmement, la disponibilité de stock de manuels sollicités. Comme mentionnés dans le rapport 2002, le SISEF avait réceptionné le 27 février 2002 un conteneur de 25.000 livres, constitué à 80% de manuels de la classe de Seconde uniquement. Les 20% restants sont constitués de manuels de collège du primaire et de quelques usuels.
En août 2003, le SISEF a réceptionné un conteneur de 16.465 livres en provenance de Toulouse dont 11.895 de niveau collège, 3.328 de lycée dont à peine 1.650 de niveau Première et Terminales. Seulement que 118 manuels confondus pour l’enseignement technique et professionnel. Justement c’est au niveau de ce dernier et des niveaux Premières et Terminales de l’enseignement général que les besoins sont plus exprimés. La Direction Administrative du SISEF a notifié aux partenaires de la France ces attentes afin de les insérer dans les opérations de collectes. Cependant ceux-ci ont exprimés en retour toutes les difficultés à accéder aux manuels prioritaires sollicités.
Au vu de ces quelques difficultés mentionnées, les opérations de distribution de manuels ont pris un coup. Seulement que 6.770 livres ont été distribués et répartis comme suit :
| Collèges et Lycées | 1.433 |
| Bibliothèques | 1.277 |
| Sponsors | 232 |
| Expovente | 3.211 |
| Bourses de livres | 617 |
Il faut rappeler que le SISEF a intervenu au cours de l’année pour appuyer gratuitement en manuels certains collèges de la Capitale et de Provinces. Le collège Hawa Nakaye, le Centre Scolaire Awaïssou et le CESG de Fitri au Batha. D’autres sponsors ont permis aux associations à vocation socio-éducative et culturelle de primer leurs membres (JECU, Soleil Levant, Club Francophonie la Solidarité.
Parlant des activités d’exposition-vente et bourse de livres, ce sont des opérations qui sont organisées directement par la Direction Administrative du SISEF au sein des établissements (le cas de N’Djaména) ou assurées par de tierce personne qui assurent le relais, là où le SISEF ne peut y accéder (le cas des provinces). Ces opérations qui permettent de rapprocher le SISEF de ses cibles portent des résultats probants malgré la complexité de leur réussite qui quelquefois aboutit à un jeu d’indignation. Car l’élève, l’étudiant, l’enseignant ou le parent d’élève acquiert directement à son propre compte le livre moyennant une modique redevance de 500, 750 ou 1.000 Frs Cfa selon le cas.
PARTENARIAT
Pour l’année 2003, le partenariat du SISEF a subi une légère modification avec l’un de ses anciens partenaires, l’association un conteneur de livres pour le Tchad, qui après dix ans d’activités a cessé au début de l’année de fonctionner. La relève est assurée par le GRANV (Groupe de Recherche et d’Action Non violente) de Cherbourg, dont l’ancien président d’un conteneur de livres pour le Tchad, Serge Levillayer assure le poste de Secrétaire Général. Cette association a appuyé financièrement le SISEF en 2003 d’un montant de un million neuf cent vingt huit mille cinq cent quatorze franc Cfa (1.928.514).
L’autre partenaire de la France qui a volé au secours du SISEF pour l’année 2003 est la Mairie de Toulouse qui a entièrement financé les frais de transport d’un conteneur de 16.465 livres (le 8ème réceptionné par le SISEF).
Malgré tous ces appuis, le fonctionnement du SISEF en 2003 s’est heurté aux mêmes difficultés que les années précédentes. Les forfaits prélevés sur les livres attribués ne s’élèvent qu’à deux millions sept cent soixante onze mille francs (2.771.000Frs). Ce qui est loin de couvrir les besoins prioritaires de fonctionnement. Rien que les indemnités des membres de la Direction Administrative avoisinent le même montant (2.163.000 Frs Cfa). Comme résultat, on traîne souvent des arriérés, aussi bien pour les frais de location que celui des indemnités ci haut mentionnés. Ce qui, associés au manque de moyen élémentaire de travail alourdissent le fonctionnement. Le déficit financier contraint souvent le staff SISEF à ne pas exécuter certaines activités programmées. Notamment, les voyages d’échanges avec les établissements scolaires à l’intérieur du pays afin d’y mener des études de diagnostic.
CONCLUSION
En sept (7) années d’existence, l’Association SISEF, malgré les limites de ses prestations a su apporter son concours pour l’amélioration du système éducatif, notamment dans le domaine de la documentation. L’élément convaincant, c’est que par sa manière de faire, le SISEF a développé en certains élèves et étudiants, voire des enseignants un déclic. Ceux-ci constituent des petits fonds documentaires personnels pour leurs besoins. D’autre part, les différentes formations en bibliothéconomie ont permis aujourd’hui aux bénéficiaires d’améliorer leurs espaces et prestations vis-à-vis de leurs usages. Les témoignages nous viennent de partout. Les besoins en formation, le SISEF les identifient régulièrement, sinon ils sont exprimés de vive voix par n os partenaires eux-mêmes. Reste que de l’identification à la concrétisation, il y a du chemin à parcourir. C’est ce défi à relever et qui nécessite la mobilisation de toutes les ressources qui nous amène à lancer un appel à l’attention des bailleurs à nous soutenir dans nos différents projets en faveur de la jeunesse scolarisée tchadienne. Vivement que ces vœux soient exaucés.
Fait à N’Djaména, le 30 Décembre 2003
Le Directeur du SISEF